Le Premier ministre, Edouard Philippe, à l\'Elysée le 11 juillet 2017.
Le Premier ministre, Edouard Philippe, à l'Elysée le 11 juillet 2017. (BERTRAND GUAY / AFP)

Les trois annonces d'Edouard Philippe à retenir sur le budget 2018

Depuis la déclaration de politique générale du Premier ministre, le 4 juillet, les spéculations allaient bon train sur le rythme et l'ampleur des réformes fiscales. Après une semaine d'atermoiements et de déclarations parfois contradictoires, Edouard Philippe précise, mercredi 12 juillet dans Les Echos, la trajectoire budgétaire de la France pour les prochaines années et dévoile les premières mesures qui seront mises en œuvre dans le budget 2018, voté à l'automne.

Onze milliards d'euros d'impôts en moins

Alors qu'il avait évoqué une baisse de 7 milliards d'euros samedi devant la convention de La République en marche, Edouard Philippe promet à présent que "la pression fiscale sera réduite de près de 11 milliards d'euros en 2018". Ce montant (équivalent à 0,6 point de PIB) représente plus de la moitié des 20 milliards de baisse des prélèvements que le gouvernement entend décider sur l'ensemble du quinquennat. "C'est un effort considérable", juge Edouard Philippe.

Dans le détail, le Premier ministre confirme que les cotisations sociales des salariés "vont nettement diminuer au 1er janvier 2018, ce qui augmentera le pouvoir d'achat des actifs". Surtout, il annonce qu'une "première étape" de la réforme de la taxe d'habitation, qui permettra à terme à 80% des ménages d'en être exonérés, sera engagée dès 2018, avec une baisse de 3 milliards d'euros. Edouard Philippe reste cependant flou concernant les modalités de cette première étape, qui doivent être discutées lors de la conférence des territoires prévue au Sénat lundi prochain.

Trois milliards d'euros, c'est aussi ce que coûtera la réforme de l'impôt sur la fortune (ISF), qui "sera appliquée intégralement en 2018". Comme s'y était engagé Emmanuel Macron pendant la campagne, seul le patrimoine immobilier continuera d'être taxé. Concernant l'épargne, la mise en place du prélèvement forfaitaire unique interviendra également dès l'an prochain, ce qui représente, selon Edouard Philippe, une baisse de 1,5 milliard d'euros d'impôts.

Une hausse "significative" du prix du tabac dès 2018

Les fumeurs doivent s'attendre à voir monter en flèche le prix du paquet de cigarettes. Dans cette interview aux Echos, Edouard Philippe affirme en effet que "dès le budget 2018, nous aurons une hausse significative du tabac". Une première étape vers le paquet de tabac à 10 euros que le gouvernement souhaite atteindre en trois ans.

"On a 80 000 morts par an dus au tabac, se justifie le Premier ministre. C'est un sujet de santé publique qui ne se traite pas uniquement par l'impôt mais d'abord par la prévention. Ensuite, plus la hausse du prix du tabac est élevée, plus l'impact sur la consommation est important."

Les fumeurs ne seront pas les seuls à être davantage taxés : le Premier ministre annonce également que le gouvernement lancera "dès l'an prochain la convergence de la fiscalité de l'essence et du diesel", avec une "trajectoire sur cinq ans afin que tout le monde puisse adapter ses comportements". Enfin, sans parler de "taxe poids lourds", il estime que "nous devrons néanmoins résoudre la question de la taxation de la pollution. Nous voulons taxer la pollution plus que le travail."

"Au moins 20 milliards" d'euros d'économies

Pour financer les baisses d'impôts, le gouvernement entend tailler sévèrement dans les dépenses de l'Etat. Le Premier ministre promet ainsi "une stabilité en volume (hors inflation) de l'ensemble de la dépense publique" et même une "stabilité en valeur sur l'Etat stricto sensu". Soit, selon l'hôte de Matignon, "au moins 20 milliards d'euros d'économies en 2018".

Edouard Philippe ne précise cependant pas où et comment seront réalisées ces économies. Interrogé sur d'éventuelles réductions d'effectifs dans la fonction publique, il reconnaît que "compte tenu du poids de la masse salariale dans ces dépenses, il y a nécessairement une part de l'effort qui doit en provenir". Cependant, "la bonne méthode n'est pas de décréter d'en haut un quantum. Le vrai travail doit se faire ministère par ministère, et même direction par direction, pour voir ce qui est essentiel et les postes qui peuvent ne pas être remplacés lors des départs en retraite, mais aussi ce qu'on peut faire autrement", explique-t-il.

Avec ces mesures d'économies, et une prévision de croissance de 1,7% pour l'an prochain, Edouard Philippe vise "un déficit en dessous de 3% du PIB en 2018". Le Premier ministre prend donc ses distances avec l'objectif de 2,7% de déficit promis dans le document d'orientation budgétaire transmis au Parlement : "Je ne suis pas un fétichiste du chiffre", lâche-t-il.

plus