Emmanuel Macron et le général Pierre de Villiers, le 14 juillet 2017, lors du traditionnel défilé militaire à Paris.
Emmanuel Macron et le général Pierre de Villiers, le 14 juillet 2017, lors du traditionnel défilé militaire à Paris. (CITIZENSIDE / YANN BOHAC / AFP)

La polémique entre Emmanuel Macron et le général Pierre de Villiers en cinq actes

La tension était vive depuis plusieurs jours entre le président de la République et le chef d'état-major des armées. Le général Pierre de Villiers a finalement choisi de présenter sa démission, mercredi 19 juillet. Emmanuel Macron avait auparavant recadré publiquement à plusieurs reprises le général en raison de ses réserves sur les économies demandées à la Défense. Retour sur les épisodes de cette crise majeure entre l'exécutif et l'armée.

Acte 1 : la confirmation des coupes budgétaires fait réagir l'armée

Dans un entretien accordé au Parisien mardi 11 juillet, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, annonce que l'Etat doit réaliser 4,5 milliards d'euros d'économies en 2017. Dans ce cadre, le budget de la Défense se voit contraint de respecter l'enveloppe déjà votée par le Parlement avec une réduction des dépenses de 850 millions d'euros. Autrement dit, l'Etat n’assumera pas les surcoûts des opérations extérieures, comme le prévoit la loi, et les armées devront économiser cette somme sur leurs équipements, détaille Challenges.

La nouvelle prend par surprise les responsables des armées. Pendant sa campagne, Emmanuel Macron s'est engagé à porter le budget de la Défense à 2% du PIB en 2025. Résultat, le 12 juillet, le chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers, proteste devant le président de la République, lors d'un conseil de Défense. Il va plus loin lors d'une audition à huis clos devant la commission de la Défense de l’Assemblée, en menaçant de mettre sa démission dans la balance. Selon une fuite que rapporte Le Monde, il lâche alors sa colère et se fait applaudir par les députés : "Je ne me laisserai pas baiser comme ça !" La fronde est lancée.

Acte 2 : le recadrage public de Macron

Emmanuel Macron réagit dès le lendemain et publiquement, lors du traditionnel discours aux armées, le 13 juillet à l'Hôtel de Brienne. Sans nommer le général de Villiers, le chef d'Etat estime qu'il n'est "pas digne d'étaler certains débats sur la place publique" et rappelle les militaires à leur "sens du devoir et de la réserve". Pour tenter d'arrondir les angles, le président promet quand même une hausse de l'effort de Défense dès 2018 .

J'ai pris des engagements. Je suis votre chef.

Emmanuel Macron

Acte 3 : la mise en garde du général publiée sur Facebook

La situation semble s'apaiser le 14-Juillet avec le traditionnel défilé où le président et le général de Villiers s'affichent ensemble sur le même char. Mais le chef d'état-major décide de remettre une pièce dans la machine. Dans une publication Facebook, diffusée le 14 juillet au soir, il répond de manière implicite au président : "Parce que la confiance expose, il faut de la lucidité. Méfiez-vous de la confiance aveugle ; qu’on vous l’accorde ou que vous l’accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité."

Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi.

Pierre de Villiers

facebook

"La confiance est une vertu vivante. Elle a besoin de gages. Elle doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l’obéissance active, là où l’adhésion l’emporte sur la contrainte", conclut le général. La lettre est ensuite appuyée de tweets publiés sur le compte officiel de l'état-major des armées, toujours implicites sur le thème de "la confiance".

Acte 4 : Macron ouvre la porte à un départ du général

La réponse de l'exécutif ne tarde pas. Dans le JDD du 16 juillet, Emmanuel Macron se montre une nouvelle fois très ferme et ouvre la porte à une possible démission du chef d'état-major. "La République ne marche pas comme cela", indique le chef d'Etat. "Si quelque chose oppose le chef d'état-major des armées au président de la République, le chef d'état-major des armées change."

Emmanuel Macron rappelle malgré tout qu'il a reconduit le général de Villiers dans ses fonctions le 1er juillet. "Il a donc toute ma confiance", à condition de "savoir quelle est la chaîne hiérarchique et comment elle fonctionne, dans la République comme dans l’armée".

Acte 5 : le général démissionne

Emmanuel Macron devait recevoir Pierre de Villiers à l'Elysée, vendredi 21 juillet, pour mettre la situation au clair. Mais le général a choisi d'anticiper un peu en annonçant sa démission, mercredi 19 juillet. Dans son communiqué, il considère "ne plus être en mesure d'assurer la pérennité du modèle d'armée auquel [il] croit pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd'hui et demain". 

Le président de la République a accepté la démission du chef d'état major des armées. Selon France 2, une démission du chef d'état-major des armées est inédite sous la Ve République.

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