Des policiers sécurisent l\'aéroport d\'Orly (Val-de-Marne) après avoir abattu un homme, samedi 18 mars 2017.
Des policiers sécurisent l'aéroport d'Orly (Val-de-Marne) après avoir abattu un homme, samedi 18 mars 2017. (MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY)

Attaque à Orly : trois pistes pour améliorer la sécurité dans les aéroports

Quelle sécurité dans les aéroports ? Deux jours après l'attaque d'Orly (Val-de-Marne) lors de laquelle un homme a tenté d'arracher l'arme d'une militaire avant d'être abattu, la question se pose à nouveau. Car à l'heure actuelle, ni les passagers ni les bagages ne sont, par exemple, contrôlés à l'entrée en France. Faut-il remédier à cela ? Professionnels et spécialistes s'interrogent, mais sans être forcément d'accord sur les mesures à mettre en place. Franceinfo fait le point sur les différentes pistes étudiées en ce moment. 

Imposer la reconnaissance faciale ? 

Serait-ce la solution miracle ? Elle est en tout cas préconisée par le PDG d'Aéroports de Paris (ADP). Invité de France Inter lundi 20 mars, Augustin de Romanet a expliqué que la reconnaissance faciale est, "à terme, probablement une piste vers laquelle on pourrait s'orienter" pour identifier les personnes fichées comme dangereuses. Il s'agirait de "mettre à l'étude la mise en place de caméras dans les zones publiques" pour comparer les visages avec les fichiers d'images d'individus jugés dangereux, a-t-il précisé. A l'heure actuelle, à Orly, la reconnaissance faciale est déjà pratiquée "pour contrôler les passeports" mais "pas pour détecter les personnes jugées dangereuses", a rappelé Augustin de Romanet.

Pourtant, cette technique n'est pas sans poser des problèmes d'ordre éthique. D'autres craignent que les données personnelles et la vie privée ne soient pas suffisamment protégées. Aux Etats-Unis, en octobre 2016, une cinquantaine d'organisations de défense des libertés civiles avaient ainsi exprimé leur "profonde inquiétude" concernant l'usage des technologies de reconnaissance faciale par la police et le FBI", rappelle Le Monde. De plus, difficile de détecter toute personne souhaitant passer à l'acte. Dans l'exemple d'Orly, Ziyed Ben Belgacem était sous contrôle judiciaire mais n'était pas fiché S.  

Mettre en place des fouilles à l'entrée ? 

C'est la question qui divise : faut-il y fouiller les passagers avant la zone d'embarquement ? Interrogé par France 2, un délégué syndical y est clairement favorable. "Le fait que l'on puisse filtrer n'importe quel passager qui va voyager et ses accompagnants à l'entrée de l'aérogare pourrait éviter pas mal de problème", assure Jabal Abdelhadi, délégué syndical CGT. 

Mais d'autres n'y sont clairement pas favorables. "La zone publique, c'est comme la rue, vous ne fouillez pas les gens dans la rue", tranche ainsi Augustin de Romanet sur France Inter. "Il s'agit d'une fausse bonne idée", ajoute Vincent Capo-Canellas, sénateur-maire (UDI) du Bourget (Seine-Saint-Denis) sur franceinfo"Si on a des contrôles sur une très grande ligne statique, un peu comme la ligne Maginot, des assaillants peuvent attaquer un de ces passages et traverser", renchérit Franck Mereyde, directeur de l'aéroport Paris-Orly, sur France 2. Ce dernier rappelle d'ailleurs que le dispositif a démontré son inefficacité lors de l'attentat d'Istanbul en juin 2016, qui avait fait 41 morts. Les assaillants s'étaient attaqués aux longues files d'attente. L'aéroport de Bruxelles avait également tenté d'instaurer des fouilles à l'entrée après l'attentat de mars 2016, avant d'abandonner finalement l'expérience. 

Installer des check-points avant l'aéroport ? 

Autre piste évoquée : la mise en place de check-points avant l'aéroport. C'est ce que pratique notamment l'aéroport de Ben Gourion, en Israël, où ce genre de contrôle est installé à 5 ou 6 kilomètres de l'aéroport. Mais, en France, ce dispositif paraît très difficile à mettre en place. "A Ben Gourion, il y a moins de 6 millions de passagers par an, à Charles-de-Gaulle, 66 millions, à Orly 30 millions. En faisant des tests de check-points, nous avons généré de tels embouteillages que cette affaire n'est pas réalisable", a expliqué le PDG d'ADP sur France Inter. 

Pour Augustin de Romanet, le dispositif de sécurité actuel a finalement démontré son efficacité. "A plusieurs dizaines de mètres, un militaire a été capable de désarmer, avec précision et sans faire de dégâts collatéraux, cette personne prise d'un accès de folie", s'est-il félicité.